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Association des Ancelin Asselin et Asseline de France

ASSELAIN, une dynastie de bourreaux (article paru dans le Fil d'Ariane n°43)


Un sujet léger et frivole, pour cette livraison du Fil d’Ariane, ça vous dirait ? Eh bien, vous en serez pour vos frais : je vous propose de faire connaissance avec une dynastie de bourreaux qui portaient le doux nom de Asselain.

J’entends déjà les Ancelin se moquer, et les Asselin se défendre « Ah, mais ça s’écrit A. I. N pas comme nous ! »

Que nenni ! Dans les actes, le patronyme est d’abord orthographié Ancelin, puis Asselin, et l’ancêtre signe Asselain …

Un partout, la balle au centre !

Le métier de bourreau
Sous l’ancien régime, chaque bailliage, chaque province, voire chaque ville a son bourreau. Il est chargé d’exécuter les sentences de la justice. Selon les régions, il pratique toute une panoplie de modes de mise à mort, rivalisant de cruauté, le but étant sans doute de faire comprendre au bon peuple qu’il ne devait pas commettre les mêmes actes que le supplicié. La mise en scène doit être soignée pour que le spectacle soit édifiant (on exécute alors toujours en place publique).
Il n’exécute pas que des sentences de mort, il s’occupe également des condamnés au carcan ou au pilori. Il peut également pratiquer toute une variété de tortures destinées à rafraîchir la mémoire du suspect et à l’aider à avouer les crimes dont on l’accuse (on trouve ainsi des récits de tortures de présumées sorcières, de nature à faire froid dans le dos) .
Il est chargé d’entretenir tout matériel nécessaire à son office, il prépare le lieu et le matériel pour les exécutions et enterre le supplicié.
Il exerce généralement un autre métier à côté, souvent également en rapport plus ou moins étroit avec la mort, fossoyeur, équarrisseur, tanneur, bourrelier, … Et paradoxalement, sa familiarité avec le corps humain et sans doute son absence de sensibilité à la douleur d’autrui le vaut parfois un rôle chirurgien ou de rebouteux plus ou moins clandestin. Le titre curieux de « restaurateur du corps humain » lui est attribué, parfois associé à celui de bourreau. Ainsi l’acte de décès de Michel Verdier, en la paroisse Saint Michel de Poitiers :
« Le dix-sept-septembre mil-sept-cent-soixante-quatre a esté inhumé dans le petit cimetierre le corps de François Verdier exécuteur de la haute justisse, et restaurateur du corps humain agé denviron soixante ans. En présence de ses enfans, et autres qui nont signés. Sicard, desservant la cure. »
Très mal perçu par la population, le bourreau vit en paria. Son pain, sur l’étal du boulanger, est posé à l’envers pour qu’il soit le seul à le toucher, et qu’il n’en touche pas d’autre. Les commerçants et artisans refusent de faire affaire avec lui.
Cette situation fait que les vocations sont rares, ce qui conduit à une transmission de la fonction de père en fils et explique la fréquence des dynastie de bourreaux (les Sanson en sont un exemple célèbre).
Parfois même, le bourreau est un ancien condamné dont la peine a été commuée en échange de l’acceptation de cette charge.
Il bénéficiait en contrepartie, pour s’approvisionner du droit de havage, qui consistait à prélever sur le marché une certaine quantité de fruits, légumes, viande, mais toujours sans les toucher, en utilisant une écuelle ou une cuillère.
La révolution supprima la torture, uniformisa le mode de mise à mort « Tout condamné à mort aura la tête tranchée » et institua un seul bourreau par département.

J’écrivais « Dynastie », le terme n’est pas usurpé, puisque ce sont six générations qui se sont succédées dans cette fonction, principalement à Niort mais également, à Tours, Fontenay le Comte et jusqu’à Coutances, aux 18ème et 19ème siècle.

A l’origine de cette lignée, on trouve un batelier, Pierre Asselain, époux de Anne Chauvet, tous deux décédés avant 1723.

Ils ont au moins trois enfants, deux filles (Marie et Anne) et un fils Pierre, né en 1696, qui épouse le 26 avril 1723 en la paroisse Saint André de Niort, Andrée Landeau, fille du bourreau de la ville. C’est ainsi que la famille a embrassé une nouvelle profession !

D’abord aide-bourreau de son beau-père Pierre Landeau, puis de son beau-frère Victor Landeau, il finit par le remplacer comme bourreau. Il meurt en 1747. Il a eu 11 enfants, dont Pierre Victor (1), Joseph (2), Augustin (3) et Pierre Michel (4), dont les destinées suivent.

(1) Pierre Victor Asselain est né le 27 octobre 1723. Il épouse le 4 juin 1743 à Fontenay le Comte Jeanne Clément, fille du bourreau local. Les témoins du mariage sont tous du métier. Aide-bourreau de son beau-père Michel Clément, il lui succède en 1745. Il a trois enfants, puis devenu veuf, il se remarie le 15 mai 1747 à La Rochelle, paroisse Notre Dame, avec Marie-Thérèse Fortin, veuve de Pierre Landeau, bourreau de La Rochelle.

Et j’ouvre là une grande parenthèse pour vous renvoyer en pages 8 et 9 du numéro 41 du Fil d’Ariane, où Josette nous relate le mariage de Louis Buord et Marie Asselin dans cette même paroisse le 17 novembre 1733. Et … Marie Asselin était la fille de Pierre et Anne Chauvet, les grand-parents de « notre » Pierre Victor, les bateliers cités plus haut !
Marie était une des deux sœurs de Pierre, le premier bourreau.
Seule différence : le lieu d’origine, Marie est dite née à Chinon, son frère Pierre se marie à Niort, mais si leur père était batelier, il était normal que la famille se déplace !

Et l’interrogation de Josette « Asselin ou Ancelin ? » se trouve confortée, puisque je notais plus haut la même instabilité sur l’orthographe du nom de cette famille. Il semble quand même, qu’à l’origine, c’étaient plutôt des Assel(a)in. Leur nom a pu se déformer au fil de leur migration vers l’ouest où Ancelin était plus fréquent et connu des autochtones.

(2) Joseph Asselain, autre fils de Pierre et Andrée Landeau, est né le 21 mai 1728. Il succède à son père à Niort de 1747 à 1757, puis à son frère à Fontenay le Comte, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort vers 1780. Il épouse Marie-Jeanne Duthais, fille d’un aide-bourreau de La Rochelle, le 16 février 1751, en la paroisse Notre Dame de La Rochelle. Ils ont au moins cinq enfants, tous nés à Fontenay le Comte.

Veuf, il se remarie le 24 janvier 1771, toujours à La-Rochelle, avec Marie-Madeleine Landeau, fille de bourreau. Ils ont trois enfants, tous baptisés à Fontenay-le-Comte, dont Marie-Madeleine, qui épouse vers 1790 l'aide-bourreau de Thouars, Louis Vivien Debost et Thérèse-Eulalie, qui épouse son cousin Augustin-André Asselain (que nous retrouverons plus loin).

J’aurais pu agrémenter mon propos d’une foule de gravures, dessins historiques en tous genres, illustrant l’activité de cette corporation, mais j’ai choisi de vous épargner ce spectacle propre à vous empêcher de dormir … Je me cantonnerai à ce bourreau en uniforme de l’époque révolutionnaire, bonnet phrygien et cocarde en prime.
(source www.guillotine.cultureforum.net)

(3) Augustin Asselain, autre fils de Pierre et Andrée Landeau, est né le 22 avril 1733. Il succède à son frère à Niort de 1757 à 1781. Il épouse le 10 mai 1757 à Saint André de Niort Elisabeth Benoist, fille d’un bourreau de Saintes. Ils ont sept enfants, tous nés à Niort, paroisse St André, dont Augustin Joseph et Augustin André.

Veuf, il se remarie le 13 novembre 1775 à La-Rochelle, avec Marie-Madeleine Férey, fille d’un bourreau de la ville.

Augustin Joseph Asselain, fils des précédents, est né le 6 août 1761. Il épouse le 2 août 1791 à Poitiers, paroisse Saint-Michel, Marie-Anne-Madeleine Verdier, famille de bourreaux de Poitiers et Saumur. Bourreau de Niort (1781-1813).

Augustin André Asselain, frère du précédent, est né le 17 septembre 1769. Bourreau de Niort (1813-1823), il épouse sa cousine Thérèse-Eulalie Asselain (voir plus haut). Parmi leurs enfants, on trouve

  • Louis Augustin Désiré qui épouse Virginie Dollé, des bourreaux de Soissons. Leur fils Charles André Joseph Asselain (né le 28 février 1818) épouse le 26 mars 1842 à Saintes Marie Esther Spirckel, fille du bourreau du lieu.

Un autre fils du couple Asselain – Dollé, Jean Gabriel Louis est probablement aide exécuteur à Niort en 1849.

  • Matthieu Théodore qui épouse le 20 juillet 1824 à La Roche sur Yon Catherine Wolff, la fille du bourreau. Il est aide bourreau à Niort.

  • Jean-Augustin qui est aide-exécuteur à Niort, de 1823 à 1830.

  • Marie Paule qui épouse à Niort le 19 août 1823 Antoine Blanchet, fils d’un bourreau de Chaumont.

Augustin-Joseph Isidore Asselain, demi-frère des deux précédents (fils de Marie Madeleine Férey), est exécuteur à Tours vers 1820.

(4) Pierre Michel Asselain, fils de Pierre et d'Andrée Landeau, est né le 3 mai 1736. Il épouse vers 1768 Marie-Angélique Bernaudeau. Ils ont quatre enfants, tous nés à Fontenay-le-Comte, où il assiste son frère Joseph, avant de lui succéder. Veuf, il se remarie le 9 janvier 1781 à Fontenay-le-Comte avec sa nièce Andrée-Thérèse Asselain. Ils ont deux enfants.

Un des deux enfants de son premier mariage est Pierre Augustin Joseph, aide exécuteur à Fontenay vers 1794.

On trouve également un Asselain, aide exécuteur à Coutances en 1839, sans indication de lien de parenté, mais ce lien est très vraisemblable.

L’exemple de cette dynastie est frappant par le nombre de couples se formant au sein de cette communauté très fermée, parfois sans doute contre sa volonté même …

Sources :

Le groupe « bourreau » dans yahoogroup.fr
http://www.coutumes-et-traditions.fr/vieux-metiers/le-bourreau/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bourreau

Pascal ASSELIN.