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Un
sujet léger et frivole, pour cette livraison du Fil
d’Ariane, ça vous dirait ? Eh bien, vous en
serez pour vos frais : je vous propose de faire connaissance
avec une dynastie de bourreaux qui portaient le doux nom de
Asselain.
J’entends
déjà les Ancelin se moquer, et les Asselin se
défendre « Ah, mais ça s’écrit
A. I. N pas comme nous ! »
Que
nenni ! Dans les actes, le patronyme est d’abord
orthographié Ancelin, puis Asselin, et l’ancêtre
signe Asselain …
Un
partout, la balle au centre !
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Le
métier de bourreau Sous
l’ancien régime, chaque bailliage, chaque
province, voire chaque ville a son bourreau. Il est chargé
d’exécuter les sentences de la justice. Selon les
régions, il pratique toute une panoplie de modes de mise
à mort, rivalisant de cruauté, le but étant
sans doute de faire comprendre au bon peuple qu’il ne
devait pas commettre les mêmes actes que le supplicié.
La mise en scène doit être soignée pour que
le spectacle soit édifiant (on exécute alors
toujours en place publique). Il n’exécute pas
que des sentences de mort, il s’occupe également
des condamnés au carcan ou au pilori. Il peut également
pratiquer toute une variété de tortures destinées
à rafraîchir la mémoire du suspect et à
l’aider à avouer les crimes dont on l’accuse
(on trouve ainsi des récits de tortures de présumées
sorcières, de nature à faire froid dans le
dos) . Il est chargé d’entretenir tout matériel
nécessaire à son office, il prépare le
lieu et le matériel pour les exécutions et
enterre le supplicié. Il exerce généralement
un autre métier à côté, souvent
également en rapport plus ou moins étroit avec la
mort, fossoyeur, équarrisseur, tanneur, bourrelier, …
Et paradoxalement, sa familiarité avec le corps humain
et sans doute son absence de sensibilité à la
douleur d’autrui le vaut parfois un rôle chirurgien
ou de rebouteux plus ou moins clandestin. Le titre curieux de
« restaurateur du corps humain » lui est
attribué, parfois associé à celui de
bourreau. Ainsi l’acte de décès de Michel
Verdier, en la paroisse Saint Michel de Poitiers : «
Le dix-sept-septembre mil-sept-cent-soixante-quatre a esté
inhumé dans le petit cimetierre le corps de François
Verdier exécuteur de la haute justisse, et restaurateur
du corps humain agé
denviron soixante ans. En présence de ses enfans, et
autres qui nont signés. Sicard, desservant la cure. »
Très
mal perçu par la population, le bourreau vit en paria.
Son pain, sur l’étal du boulanger, est posé
à l’envers pour qu’il soit le seul à
le toucher, et qu’il n’en touche pas d’autre.
Les commerçants et artisans refusent de faire affaire
avec lui. Cette situation fait que les vocations sont
rares, ce qui conduit à une transmission de la fonction
de père en fils et explique la fréquence des
dynastie de bourreaux (les Sanson en sont un exemple
célèbre). Parfois même, le bourreau est
un ancien condamné dont la peine a été
commuée en échange de l’acceptation de
cette charge. Il bénéficiait en contrepartie,
pour s’approvisionner du droit de havage, qui consistait
à prélever sur le marché une certaine
quantité de fruits, légumes, viande, mais
toujours sans les toucher, en utilisant une écuelle ou
une cuillère. La révolution supprima la
torture, uniformisa le mode de mise à mort « Tout
condamné à mort aura la tête tranchée »
et institua un seul bourreau par département.
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J’écrivais
« Dynastie », le terme n’est pas
usurpé, puisque ce sont six générations
qui se sont succédées dans cette fonction,
principalement à Niort mais également, à
Tours, Fontenay le Comte et jusqu’à Coutances, aux
18ème
et 19ème
siècle.
A
l’origine de cette lignée, on trouve un batelier,
Pierre Asselain, époux de Anne Chauvet, tous deux
décédés avant 1723.
Ils
ont au moins trois enfants, deux filles (Marie et Anne) et un
fils Pierre, né en 1696, qui épouse le 26
avril 1723 en la paroisse Saint André de Niort, Andrée
Landeau, fille du bourreau de la ville. C’est ainsi que
la famille a embrassé une nouvelle profession !
D’abord
aide-bourreau de son beau-père Pierre Landeau, puis de
son beau-frère Victor Landeau, il finit par le remplacer
comme bourreau. Il meurt en 1747. Il a eu 11 enfants, dont
Pierre Victor (1), Joseph (2), Augustin (3) et Pierre Michel
(4), dont les destinées suivent.
(1)
Pierre Victor Asselain est né le 27 octobre 1723. Il
épouse le 4 juin 1743 à Fontenay le Comte Jeanne
Clément, fille du bourreau local. Les témoins du
mariage sont tous du métier. Aide-bourreau de son
beau-père Michel Clément, il lui succède
en 1745. Il a trois enfants, puis devenu veuf, il se remarie le
15 mai 1747 à La Rochelle, paroisse Notre Dame, avec
Marie-Thérèse Fortin, veuve de Pierre Landeau,
bourreau de La Rochelle.
Et j’ouvre là
une grande parenthèse pour vous renvoyer en pages 8 et 9
du numéro 41 du Fil d’Ariane, où Josette
nous relate le mariage de Louis Buord et Marie Asselin dans
cette même paroisse le 17 novembre 1733. Et …
Marie Asselin était la fille de Pierre et Anne Chauvet,
les grand-parents de « notre » Pierre
Victor, les bateliers cités plus haut ! Marie
était une des deux sœurs de Pierre, le premier
bourreau. Seule différence : le lieu d’origine,
Marie est dite née à Chinon, son frère
Pierre se marie à Niort, mais si leur père était
batelier, il était normal que la famille se déplace !
Et l’interrogation de Josette « Asselin
ou Ancelin ? » se trouve confortée,
puisque je notais plus haut la même instabilité
sur l’orthographe du nom de cette famille. Il semble
quand même, qu’à l’origine, c’étaient
plutôt des Assel(a)in. Leur nom a pu se déformer
au fil de leur migration vers l’ouest où Ancelin
était plus fréquent et connu des autochtones.
(2)
Joseph Asselain,
autre fils de Pierre et Andrée Landeau, est né le
21 mai 1728. Il succède à son père à
Niort de 1747 à 1757, puis à son frère à
Fontenay le Comte, poste qu’il occupera jusqu’à
sa mort vers 1780. Il épouse Marie-Jeanne Duthais, fille
d’un aide-bourreau de La Rochelle, le 16 février
1751, en la paroisse Notre Dame de La Rochelle. Ils ont au
moins cinq enfants, tous nés à Fontenay le Comte.
Veuf,
il se remarie le 24 janvier 1771, toujours à
La-Rochelle, avec Marie-Madeleine Landeau, fille de bourreau.
Ils ont trois enfants, tous baptisés à
Fontenay-le-Comte, dont Marie-Madeleine, qui épouse vers
1790 l'aide-bourreau de Thouars, Louis Vivien Debost et
Thérèse-Eulalie, qui épouse son cousin
Augustin-André Asselain (que nous retrouverons plus
loin).
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J’aurais pu agrémenter mon propos d’une
foule de gravures, dessins historiques en tous genres, illustrant
l’activité de cette corporation, mais j’ai
choisi de vous ép argner
ce spectacle propre à vous empêcher de dormir …
Je me cantonnerai à ce bourreau en uniforme de l’époque
révolutionnaire, bonnet phrygien et cocarde en
prime. (source www.guillotine.cultureforum.net)
(3) Augustin
Asselain,
autre fils de Pierre et Andrée Landeau, est né le 22
avril 1733. Il succède à son frère à
Niort de 1757 à 1781. Il épouse le 10 mai 1757 à
Saint André de Niort Elisabeth Benoist, fille d’un
bourreau de Saintes. Ils ont sept enfants, tous nés à
Niort, paroisse St André, dont Augustin Joseph et Augustin
André.
Veuf, il se remarie le
13 novembre 1775 à La-Rochelle, avec Marie-Madeleine Férey,
fille d’un bourreau de la ville.
Augustin Joseph
Asselain,
fils des précédents, est né le 6 août
1761. Il épouse le 2 août 1791 à Poitiers,
paroisse Saint-Michel, Marie-Anne-Madeleine Verdier, famille de
bourreaux de Poitiers et Saumur. Bourreau de Niort (1781-1813).
Augustin André
Asselain,
frère du précédent, est né le 17
septembre 1769. Bourreau de Niort (1813-1823), il épouse sa
cousine Thérèse-Eulalie Asselain (voir plus haut).
Parmi leurs enfants, on trouve
Louis Augustin Désiré
qui épouse Virginie Dollé, des bourreaux de
Soissons. Leur fils Charles André Joseph Asselain (né
le 28 février 1818) épouse le 26 mars 1842 à
Saintes Marie Esther Spirckel, fille du bourreau du lieu.
Un
autre fils du couple Asselain – Dollé, Jean Gabriel
Louis est probablement aide exécuteur à Niort en
1849.
Matthieu Théodore
qui épouse le 20 juillet 1824 à La Roche sur Yon
Catherine Wolff, la fille du bourreau. Il est aide bourreau à
Niort.
Jean-Augustin qui est
aide-exécuteur à Niort, de 1823 à 1830.
Marie Paule qui
épouse à Niort le 19 août 1823 Antoine
Blanchet, fils d’un bourreau de Chaumont.
Augustin-Joseph
Isidore Asselain,
demi-frère des deux précédents (fils de Marie
Madeleine Férey), est exécuteur à Tours vers
1820.
(4) Pierre Michel
Asselain, fils
de Pierre et d'Andrée Landeau, est né le 3 mai 1736.
Il épouse vers 1768 Marie-Angélique Bernaudeau. Ils
ont quatre enfants, tous nés à Fontenay-le-Comte, où
il assiste son frère Joseph, avant de lui succéder.
Veuf, il se remarie le 9 janvier 1781 à Fontenay-le-Comte
avec sa nièce Andrée-Thérèse Asselain.
Ils ont deux enfants.
Un des deux enfants de
son premier mariage est Pierre Augustin Joseph, aide exécuteur
à Fontenay vers 1794.
On trouve également
un Asselain, aide exécuteur à Coutances en 1839,
sans indication de lien de parenté, mais ce lien est très
vraisemblable.
L’exemple de
cette dynastie est frappant par le nombre de couples se formant au
sein de cette communauté très fermée, parfois
sans doute contre sa volonté même …
Sources :
Le groupe « bourreau »
dans yahoogroup.fr
http://www.coutumes-et-traditions.fr/vieux-metiers/le-bourreau/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bourreau
Pascal ASSELIN.
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