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A la
découverte de Dieppe, Fécamp et des alentours lors
de l'AG 2023
Pour
cette année, nous avons innové en choisissant une
ville déjà plébiscitée (1995) ;
en effet, Dieppe est particulièrement liée à
notre association, étant le lieu d'origine et le port
d'embarquement de Jacques et David, ancêtres, avec René,
de La Rochelle, de tous les Asselin du Québec.
Deep,
comme l'appelaient les envahisseurs scandinaves, entretient
toujours des liens historiques très étroits avec feu
la Nouvelle France grâce à son passé de
grandes expéditions de découvertes et de lettres de
marque de ville corsaire. D'autre part, Dieppe étant jadis
un fief de la Réforme, plusieurs familles Asselin, Asseline
et Ancelin durent malheureusement, après la révocation
de l'édit de Nantes, en 1685, s'exiler et trouver refuge
aux Pays-Bas ou à Londres.
Après
le traditionnel pot d'accueil à l'hôtel de l'Europe,
fort bien situé sur le front de mer, nos trente-sept
participants gagnèrent le château qui
surplombe l'ensemble de la ville; construit au XVème sur
d'anciennes fortifications, il renferme un intéressant
musée consacré à plusieurs aspects : vie
maritime avec de très belles maquettes de navires,
notamment un superbe voilier "Beaumont" de la Compagnie
des Indes, des instruments de navigation, de vieilles cartes
marines. La section Beaux-Arts est riche de tableaux généralement
inspirés par la vie locale de Boudin, Degas, Dufy,
Pissarro, de sculptures de Carpeaux ; Van Dongen ou Jacques- Emile
Blanche y sont plus connus pour leurs portraits de célébrités.
Braque, qui acheva son existence non loin de Dieppe, bénéficie
d'une salle entière tout comme Walter Sickert, vivant
quelque temps, comme Oscar Wilde, au sein de la petite communauté
anglaise locale (pour la petite histoire, il fut un temps suspecté
d'être « Jack l'Eventreur». Mais c'est
surtout sa collection d'ivoires qui fait la réputation
de ce musée; des pièces d'usages divers (usuels,
religieux ou d'ornementation) qui soutiennent la comparaison avec
celles d'Asie et témoignent du savoir-faire local. Les
ivoiriers dieppois, qui étaient plus de 300 au XVIIème
n'étaient plus que deux naguère et ont tout
récemment disparu à la suite des mesures de
protection de la nature.
Les
guides du musée furent très compétents mais
aussi loquaces, ce qui entraîna un peu de retard pour la
visite du second musée, le Mémorial du 19 août
1942. Ce dernier, installé dans un ancien théâtre,
est consacré à la fameuse opération Jubilee,
raid de presque six mille hommes, dont 5000 Canadiens et des
commandos britanniques, sur huit secteurs de la côte autour
de Dieppe et qui fut un échec notoire: près de 2000
tués, de nombreux prisonniers, un seul succès
relatif à l'ouest de Dieppe. Les états-majors alliés
en tirèrent quelques leçons mais la polémique
dure encore et on considère souvent que ces hommes furent
envoyés au "casse-pipe"...
Le
dimanche fut consacré à Fécamp où nous
nous rendons en véhicules (le coût des autocars des
voyagistes locaux étant beaucoup trop élevé).
Le
Palais Bénédictine a une architecture curieuse
et un peu extravagante : néo-Renaissance, post-gothique, un
peu Art Nouveau ; il fut achevé en 1900. C'est Alexandre Le
Grand (sic) qui le fit construire ; il avait retrouvé dans
des archives familiales en 1863 la composition d'un moine
bénédictin du XVIème. Le mélange de
vingt-sept plantes reste confidentiel. La fabrication s'effectue
toujours sur place mais l'embouteillage, à la suite du
rachat par le groupe Bacardi-Martini, a lieu à Beaucaire
curieusement. Après
la visite de la distillerie,
des alambics et vieux fûts de chêne, d'une salle
consacrée aux affiches (Mucha, Marcel Duchamp), aux
panneaux publicitaires et aux nombreuses contrefaçons, une
dégustation précéda le passage en boutique
pour certains qui virent sans doute l'occasion de faire de futurs
cadeaux. La consommation est d'ailleurs essentiellement étrangère
: 75 % de la production est exportée, surtout vers les
Etats-Unis, la Malaisie et Singapour.
Après
un copieux repas au Casino, une petite promenade pédestre
nous mène au Musée des Terre-Neuvas (et de la
Pêche). Fécamp fut le grand port morutier et
le haut-lieu de cette magnifique épopée. Le "Grand
Métier" s'achèvera à la fin des années
80 et il ne reste plus que des saurisseries (boucanes) de hareng.
Quelques belles maquettes retiennent l'attention notamment un
"drakkar" viking ou le "Notre-Dame de Bonsecours",
construit également selon des procédés
nordiques anciens mais après-guerre, la "Belle Poule",
bien connue des amateurs de vieux gréements; des tableaux
illustrent les difficultés de la vie de ces pêcheurs
et celle de leur entourage. Curieusement, la visite s'achève
par une section puériculture/pédiatrie récupérée
d'un ancien musée du Vieux Fécamp.
Sur
le chemin du retour, nous nous arrêtons à
Varengeville, magnifique bourgade célèbre
pour le cimetière marin qui entoure une église
d'intérêt moyen mais qui est dotée de vitraux
de Braque et de Michel Ciry. C'est surtout le site qui est
intéressant et la vue sur l'enfilade de falaises est
somptueuse; il faut aussi se promener dans le cimetière et
ses tombes d'illustres (parfois moins) artistes amoureux des lieux
: Albert Roussel, G. Braque, les frères Tharaud, Georges de
Porto-Riche, Francis Yard ou la tombe d'un vieux grognard rescapé
de nombreuses batailles napoléoniennes.
Nous
n'avons pu visiter le Jardin des Moutiers hélas fermé
quelques mois pour travaux (cf la belle photo en couleur, la
première, dans le Fil d'Ariane de septembre 1995).
Le
dîner à l'hôtel fut une des plus belles soirées
de chants, de convivialité lyrique et festive de notre
association pourtant bien pourvue en ce domaine (avec la
participation, d'abord médusée puis active, du
charmant couple d'hôteliers).
Le
lundi, après notre AG, un petit train nous permit
d'ausculter plus précisément certains aspects de la
ville : sur les quais, l'hôtel d'Anvers, le vieux collège
Ango, le front de mer, rappelant que Dieppe fut la plus ancienne
station balnéaire dès les débuts du XIXème,
les vieux quartiers de pêcheurs, ceux reconstruits après
les bombardements anglais fin XVIIème, la Maison Miffant
(1624), le café des Tribunaux, institution locale, enfin
l'église Saint-Jacques (XIII/XVIème) où se
trouve le tombeau de Jehan Ango, célèbre armateur
qui, avec l'appui de François 1er, finança des
flottes qui explorèrent de nombreuses contrées grâce
à ses hardis capitaines: Cousin, qui "découvrit"
probablement le continent américain (avant Colomb),
Verrazzano, qui explora la baie de la future New York, Parmentier
en Asie, etc..
Jean-François
Asselin
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